BODY FACTORY

 

Les progrès médicaux scientifiques et techniques nous ont amenés la possibilité de commercialiser le corps humain par fractions ! Voulez-vous un nez ou de nouvelles fesses, une poitrine qui vous convienne mieux, perdre en quelques aspirations « les poignées d’amour ». La chirurgie esthétique nous offre le luxe de pouvoir s’acheter un nouveau corps. Orlan nous a montré, tout de même, la douleur et les états successifs par lesquelles passe le patient, avant un résultat optimal. Il faut donc vraiment souffrir pour mieux s’aimer. J’ai tenu à explorer ce monde, où la souffrance est la condition sine qua non du bien être, à travers une fiction futuriste et satirique. L’ensemble des images pourrait être un reportage au sein d’une usine à corps. Je ne critique pas l’état actuel des choses auquel je reconnais des bienfaits. En revanche je m’interroge sur son évolution. Pourquoi ces progrès n’auraient-ils pas, comme beaucoup de leurs prédécesseurs, un avenir sanglant !

BODY FACTORY

 
Scientific, technical and medical progresses have brought us the possibility to commercialize the human body by parts! Do you want a nose or new buttocks, a chest that suits you better, loose your “love handles” in a few aspiration. Plastic surgery offers us the luxury to buy a new body. Nevertheless Orlan showed us the pain and the successive steps through which the patient goes through, before an optimal result. One must really suffer to love himself better. I wanted to explore this world where suffering is the sine qua non condition for well being, through a satirical and futurist fiction. The set of images could be a photo-reportage in a body factory. I don’t criticise the actual state of things to which I recognise the benefits. On the other hand I question myself on its evolution. Why wouldn’t these progresses, similarly to their predecessors have a bloody future!




URGENCE, LE LABYRINTHE

 

L’actualité nous abreuve de douleurs. Les reality show permettent à tous de jouir des pleurs, des échecs et des humiliations d’exhibitionnistes volontaires. Les reportages nous parlent du stress, de l’anxiété comme des fléaux modernes symptomatiques d’une société dont les rythmes nous dépassent. La dépression, l’angoisse et les douleurs en général sont des notions qui font parties intégrantes de nos vies, je dirai même que nous sommes des êtres  de douleurs. Notre naissance est un combat sanglant et notre mort fréquemment une « rencontre » douloureuse.  J’ai donc tenté, dans un  centre des urgences de retranscrire la fatalité de ces maux à travers un voyage halluciné dans un monde ou les murs se dématérialisent. Les images aspirent le regard et ne proposent pas de sortie.  C’est un labyrinthe clôt d’angoisse, symbole d’une vie qui n’a que la souffrance comme certitude.

 

 

 

EMERGENCY, THE LABYRINTH

 
Current affairs bombard us with pain. Reality shows enable everyone to enjoy tears, failures and humiliations of voluntary exhibitionists. Reports talk about stress, anxiety as modern plagues symptomatic of a society where rhythms overtake us. Depression, distress and pains in general are notions that are integral parts of our lives. I would also say that we are creatures of sorrows. Our birth is a bloody battle and our death frequently a painful “meeting”. I have tried in an emergency centre to transcribe the inevitability of these pains through a hallucinating journey in a world where walls dematerialize. Images draw up the look and don’t propose an exit. It’s a distressful closed labyrinth, symbol of a life that only has suffering as an assurance.

 


 

VILLES AVEUGLES

 

Je prends pour sujet les Cités que j’estime être un nouveau symbole urbain. Autrefois la ville était dominée par le clocher de l’église image de paix et d’unité, aujourd’hui elle est dominée par les tours des cités  figures de violence et d’isolement.

 

Les villes aveugles proposent deux axes de lecture. L’aspect plastique et esthétique qui est mon parti pris de prédilection, et l’allégorie des maux des cités. 

 

Sur le plan esthétique j’utilise le principe de la transfiguration du réel, Baudelaire écrivait « donne moi ta boue j’en ferais de l’or »  cela me plait et me correspond.

Ne dit-on pas des « banlieues » que  c’est laid, c’est pourri, c’est sordide et dangereux ?... Je prive les bâtiments de leurs caractéristiques qui en font un habitat moderne, les ouvertures. Ainsi émerges de monumentales structures urbaines,  totems modernes ou éléments minéraux démesurés, dérive archaïque vers les citadelles médiévales, silhouette guerrière des blockhaus.

 

La transfiguration génère une métaphore sémantique de la violence qui règne au sein des cités ou qui en émane, image hyperbolique  du ghetto. Les villes aveugles sont aussi un jeu de mot visuel sur le concept « d’ouverture ». Il n’y a ni entrée ni sortie, il y a rupture des échanges, hermétisme, immobilisation des consciences.

 

Je ne condamne ni les cités, ni les gens qui y vivent, ni ceux qui les rejettent. Je fais un état des lieux qui tient compte de la multiplicité des points de vues. Le résultat se veut neutre politiquement mais impliquant émotionnellement envers tous.

 

Non seulement ma série assume, mais revendique son ambivalence. C’est un  enchevêtrement de fiction, de symbolisme et de reportage.



BLIND CITIES

 
 see suburb buildings as urban icons. In the past, the city was built around the church, a community which symbolized peace and unity. Today, these inhabited towers have swelled in the suburbs, contributing to the violence and isolation.

 

 

My series blind cities (villes aveugles) combines two aspects, both aesthetical and allegorical as related to the difficult situation in the suburbs.

 

Formally speaking, I aim at exploring the concept of transfiguration of the real world. I very much adhere to Baudelaire’s words: “give me your mud and I will turn it into gold”. Do we not see suburbs as ugly, shabby and dangerous? In those buildings, I suppress what makes them modern living places… windows. These buildings emerge as monumental urban structures, contemporary totems or gigantic mineral bodies, reminiscent of the middle-ages fortresses or blockhaus’ war-like silhouette.

 

This metamorphosis creates a semantic metaphor of the violence which reigns in these communities, images of a ghetto. The series also questions the concept of “window”. There is no way-in, no way-out, just an interruption of communication, hermetic and frozen consciousnesses.

 

I am not condemning those suburbs, nor the people who live there, nor those who despise them. I am just observing the multiple points of view. The conclusion strives to be politically neutral and emotionally evoking. My series admits to be ambivalent. It is a mix of fiction, symbolism and documentary.

 

 

JOUER CLUB

  

Dans cet univers d’enfant, j’ai eu la sensation d’un lieu oppressant où la surproduction nous submerge. Les rayons me semblaient surchargés à tel point qu’ils en devenaient abstraits et écrasants. Je trouve que la volonté d’en exposer toujours plus, métamorphose le rayon de jouets en murs d’objets étranges. Indifférenciables les uns des autres ils s’enchevêtrent et nous happent dans des couloirs au sol rouge sang. La série tente de retranscrire, par des réinterventions numériques, cette sensation étrange qui m’interroge : n’a-t-on pas sacrifié le féerique du magasin de jouet au profit de l’exposition frénétique et déshumanisée de produits?

 

 

PLAY CLUB


In this child’s world, I had the feeling of an oppressing place where overproduction overwhelms us. Departments seemed to be overloaded up to a point where they became abstract and crushing. I find that the will to display always more transforms the toy department in a foreign objects wall. Indistinguishable they get muddled up and catch us in corridors with bloody red floors. Mass production tries to transcribe, thanks to numerical intervention, this strange feeling that questions me: haven’t we sacrificed the toyshop magic in profit of the frenetic exhibition and dehumanized products?

 

 

 

CADUTA

 

Le livre est ce qui a permis aux hommes de se souvenir du passé, aux écoliers d’apprendre, aux lecteurs de rêver. L’objet fait de papier a souvent traversé de nombreux siècles. Aujourd’hui il semble entrer dans sa phase finale, il est relégué au rang de pièce de musées. Il décore les bibliothèques et témoignent d’un âge ancien.

Le livre en tant qu’objet physique me semble se perdre avec l’avènement du numérique. Les bibliothèques de Lyon, de Venise font état d’une numérisation massive de leurs ouvrages. Le salon du livre 2010 fut particulièrement marqué par l’Ipad qui se veut le support du livre numérique. Il y a dix ans dans le métro, le train, de nombreuses personnes lisaient un livre. Aujourd’hui on écoute la musique avec les Mp3 on joue avec des mini consoles. Le « bouquin » a déserté la vie quotidienne.

Je ne critique pas les nouvelles technologies, je suis le premier à m’en servir et reconnaître leurs avantages.

Mon travail veut parler de cette la disparition du livre, de la migration de son corps physique vers l’immatériel de l’écran d’ordinateur. J’ai la sensation qu’un support séculaire est en train d'opérer une profonde mutation. A travers diverses tortures imposées au livre je souhaite faire état de cette transformation.

 

 

 

 

 

NUIT BLANCHE

 

Cette série s’intéresse au lointaines banlieues, considérées comme la campagne des parisiens. Ces lieux sont opposés en tout point à la frénésie de la métropole.

La capitale est agitée jour et nuit, par le bruit, les enseignes lumineuses, les voitures, les motos ainsi que les passants, nombreux même tard dans la nuit. Nulles enseignes, aucun bruit, aucun véhicule, ces campagnes sont inertes et déshumanisées. Lorsque l’on reste longtemps devant un même lieu, rien ne bouge. Le panorama ne change pas pendant des heures. La seule chose qui avance, c’est le temps. Les photos veulent retranscrire ces durées. Les temps de pose varient de vingt à quarante minutes. J’abandonne ici l’instantanéité classique de la photographie pour faire entrer une période, à l’échelle humaine, dans l’image fixe. La longueur des expositions amène un résultat étrange et donne souvent à voir plus de choses que dans la réalité, comme en plein jour, des sortes de nuits américaines à l’envers. Les photos sont donc l’ultime témoin de la seule chose qui bouge en ces lieux, le temps…

Les images témoignent également de l’engagement physique nécessaire pour réaliser les prises de vues ; des nuits blanches complètes !

 

 

UNE FORCE EN ACTION

 

 

Ces dessins grands formats sont reflets de l’admiration que j’ai envers la beauté des armes. Je trouve que ces machines d’aciers ont une esthétique et un charisme envoûtants. Pourtant ces engins sont destinés à détruire et à tuer. Il existe donc un paradoxe entre l’attrait visuel et le rejet fonctionnel. Cette dualité est intéressante et m’oblige à considérer la guerre et sa machinerie comme un système qui n’a pas de conséquence, et pourtant…. L’actualité me ramène souvent à la réalité des armes. Cette dualité est particulièrement flagrante dans les publicités pour l’armée. Je trouve la guerre vendue comme un jeu, les armes et engins présentés comme des jouets ultra séduisants, le tout reste quand même destiné à détruire.



 

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